Stephan Cayre, Vétérinaire ostéopathe

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Vomissements chez le chien

vendredi 28 mars 2008, par Dr Stephan Cayre


Un chien colley bleu merle de 1 an et demi est présenté à la consultation d’ostéopathie pour vomissements répétés.

L’animal est très correctement suivi par son vétérinaire traitant habituel ; à jour de ses vaccins, vermifugé au Drontal ND deux fois par an, il présente pourtant depuis plusieurs mois des vomissements récurrents à caractère bileux (vomiturations non alimentaires visqueuses de couleur jaunâtre, non liées aux repas) fréquents (une à deux fois par jour). Divers traitements symptomatiques ont été tentés, mais les vomissements sont systématiquement réapparus dès l’arrêt des prises médicamenteuses. Une analyse biochimique n’a rien montré d’anormal. Comme souvent, devant les difficultés de guérison d’une pathologie peu morbide, mais désagréable pour l’animal, une recherche de solutions alternatives a été effectuée. Après avoir essayé des régimes d’alimentation ménagère « personnels », le propriétaire s’est donc tourné vers une médecine non conventionnelle. A l’examen usuel, aucun signe de pathologie n’est mis en évidence, le chien est dans un état d’embonpoint correct. Il présente un comportement de fuite lors de l’approche, sans toutefois montrer d’agressivité par peur, et son propriétaire nous confirme son caractère anxieux.

L’examen ostéopathique, quant à lui, met en évidence un certain nombre de dysfonctions : C7 est en latéroflexion gauche, D11 et D12 sont en bloc de rotation droite, L3 est en flexion, et l’articulation sacro-iliaque gauche est en postériorité. Le diaphragme se trouve en tension, ainsi que le ligament falciforme du foie. Les dysfonctions autour des dernières vertèbres dorsales induisent une modification d’efficacité neurologique des nerfs splanchniques (du système ortho-sympathique) et par voie de conséquence du ganglion coeliaque innervant le foie et la vésicule biliaire. Les corrections interviennent aussitôt, en employant les méthodes adaptées à chaque dysfonction, le foie étant lui-même traité par des techniques fonctionnelles. Une phytothérapie adjuvante (chelidonium majus) est prescrite à l’animal en vue d’agir sur son anxiété chronique et afin de facilité l’élimination biliaire.

Le chien est revu pour contrôle ostéopathique 5 semaines plus tard. Les vomissements sont devenus moins fréquents (une à deux fois par semaine), mais le chien a conservé son état anxieux. L’examen ostéopathique ne fait apparaît qu’une seule dysfonction en D10, que nous traitons en recoil dans la foulée.

La consultation de suivi à un an post manipulations initiales nous montre un animal moins stressé, en bon état général, dont les vomissements sont devenus sporadiques. Les dysfonctions ostéopathiques mises en évidence alors sont uniquement hépatiques, le foie présentant par ailleurs une légère augmentation de volume, signant une stase sanguine modérée.

Dans le cas de ce chien, la présence unique de la dysfonction viscérale au bout d’un an tend à prouver que l’origine de l’ensemble des troubles ostéo-articulaires et fonctionnels recensé lors de la première visite est hépatique. La stase sanguine du foie, responsable des tensions au niveau des ligaments maintenant cet organe à sa place dans la cavité abdominale, est elle-même la conséquence d’une modification des influx du système nerveux autonome viscéral. Ici, il est très probable que l’anxiété chronique et très précoce de l’animal soit une, voire la cause de cette dégradation de l’intégrité des fonctionnement du SNA. En effet, il est couramment admis que le stress est un facteur d’altération des fonctions digestives, notamment à cause du rôle fondamental du CRF ( corticotropin releasing factor) ; celui-ci ayant des répercutions périphériques de type dopaminergique, et plus particulièrement vasodilatatrices au niveau viscéral.

La simple action sur l’anxiété, par le biais d’une thérapeutique adaptée, peut avoir raison des vomissements dans un cas comme celui-ci. Cependant, les dysfonctions ostéo-articulaires secondaires au trouble hépatique ne seraient alors pas résolues. Sur le long terme, ces perturbations peuvent réamorcer le trouble neuro-végétatif par dysfonctionnement des ganglions para-vertébraux, et faire réapparaître les symptômes digestifs, alors que la cause comportemental initiale a disparu.

La réflexion ostéopathique, et son utilisation dans l’arsenal thérapeutique du praticien, permet de résoudre des phénomènes dont la pathogénie nous échapperait sans cela. C’est entre autres à ce titre qu’elle doit être considérée par l’omni-praticien.